Le piège de la préparation physique dans les sports de combat

Préparation physique sport de combat

Les arts martiaux et les sports de combat sont des disciplines qui ont une riche histoire. Les savoirs et les méthodologies d’entraînement étaient transmis de manière empirique. En devenant des sports modernes, voire olympiques pour certains, ces disciplines se sont ouvertes aux sciences de l’entraînement.

Ces nouvelles connaissances en terme d’optimisation de la performance sont venues apporter un plus aux champions, mais peuvent aussi représentées un véritable piège dans certains cas, comme c’est le cas pour la préparation physique. Mise en garde…

A un moment de sa carrière, un athlète connaît forcément une phase de doute ou de lassitude. Dans ces moments difficile à vivre, le plus pénible parfois est la frustration et l’impuissance à laquelle nous sommes confrontés devant les contre-performances, les échecs et la progression de nos adversaires.

Donc, nous essayons de chercher des solutions, des changements… Et ce changement, la préparation physique peut nous l’apporter en révolutionnant le contenu et la conception de notre entraînement.

Le champion français de boxe anglaise Jean-Marc MORMECK a fait l’expérience de cette problématique. Un article paru dans le journal L’Equipe en 2008 après sa lourde défaite par KO face à l’américain ONEIL relate le lien entre sa préparation et sa prestation :

« Entraîneur au Boxing Club de Paris, Jacques Chiche était au Madison Square Garden lui aussi :« Je pense qu’il était surentraîné, trop de musculation. Il s’est vidé. Au 4ème round, je me suis dit s’il n’accélère pas il est foutu. Il n’avait plus ses reflexes, ses jambes, sa mobilité ou ses pas de côté. Il ne faisait pas assez d’esquives. »

Venu également soutenir Mormeck, l’ex lourd de l’équipe de France va plus loin : « Jean-Marc était à 50% de ses capacités, incapable d’enchaîner trois coups. Il perd face à ce mec pas extraordinaire mais qui a encore des sensations de boxeur, pas de machine. J’ai l’impression que ces sensations, Jean-Marc ne les a plus. Il est tombé dans le piège d’être bluffé par les spécialistes de préparation physique… ». »

Cet article, que j’avais découpé et conservé, reflète, selon moi, parfaitement la problématique de la préparation physique dans les sports de combat.

En effet, les notions de sensation et feeling de l’athlète sont complètement subjectives et, de ce fait, ne peuvent pas faire partie d’un contenu théorique pragmatique, notamment dans les cursus – très/trop scientifiques – des préparateurs physiques. Ces notions sont fondamentales et ne doivent à aucun moment être oubliées ou négligées.

Le sport de haut niveau n’est pas qu’une question de muscles, d’aptitudes physiques et de force mentale, il y a aussi toute la partie cachée de la performance… Comment un préparateur physique, spécialiste cartésien, qui n’a jamais été combattant de haut niveau, peut comprendre une chose pareille ?

C’est pourquoi la préparation physique ne doit pas imposer à la discipline une conception de la performance. C’est aux préparateurs physiques de s’adapter aux souhaits et exigences, même subjectives, des athlètes et entraîneurs spécialistes en sports de combat.

C’est dans une collaboration pointue avec les spécialistes de la discipline et avec un dialogue ouvert que réside la véritable utilité de la préparation physique, qui devient alors un atout formidable.

L’avis de Damien DOVY, champion du Monde de karaté, est également très intéressant et rejoint complètement ce point de vue :

« La préparation physique est un plus indéniable. Mais il ne faut pas devenir prisonnier de la préparation physique, il faut avant tout être à l’écoute de son corps et de ses sensations.

Cette prise en main, cette écoute de soi-même, cette autonomie manque beaucoup aux athlètes d’aujourd’hui. Le fait d’être devenu complètement dépendant des préparateurs physiques au détriment de ses sensations personnelles n’a pas contribué à faire avancer les choses dans le domaine de la préparation physique en karaté.

Déléguer le contenu du travail physique, c’est une forme d’abandon, c’est à l’entraîneur d’indiquer au préparateur physique ce qu’il souhaite et non l’inverse ! Me concernant, je n’ai jamais voulu déléguer cette partie de mon entraînement que je considère comme très importante, je suis toujours resté au contrôle.

Le karaté est très intellectuel, le réduire à un exercice physique serait une erreur. Il ne faut pas tomber dans le piège de la préparation physique. »

Il est quand même étonnant que dans un pays comme la France où le sport de haut niveau bénéficie d’une expertise reconnue et d’une reconnaissance étatique conséquente que des témoignages de champions amènent à de telles conclusions ! Cela n’est-t-il pas le reflet d’une certaine et relative incompréhension de la performance de la part du monde universitaire ?

Le dogme de la préparation physique dans les sports de combat n’a pas lieu d’être et révèle la véritable incompétence de celui qui le met en exergue.

UN AUTRE PIÈGE : L’ENTRAÎNEMENT COMME ÉCHAPPATOIRE

Les athlètes investis dans leur carrière sportive et qui attachent la plus haute importance à leurs résultats sont souvent particulièrement anxieux, notamment à l’approche des grandes échéances.

Pour pallier cette émotion, un volume d’entraînement supérieur à ceux des adversaires peut apparaître comme une garantie de réussite, attitude qui s’applique souvent à la préparation physique perçue comme le moyen de compenser d’autres déficiences et d’accéder à de plus hautes performances. Très lourde erreur !

Ce type de comportement aboutit au « surentraînement », qui est un moyen de se rassurer sur l’atteinte des objectifs ou de s’assurer une reconnaissance du travail fourni en cas de défaite.

Conclusion

Dans les sports de combat et même dans de nombreux sports à prédominance technique (les sports dits « énergétiques » comme la course, le cyclisme ou l’aviron ne sont pas concernés par cette thèse), le rôle de la préparation physique doit être relativisé.

Il doit s’agir d’un élément routinier, perçu comme indispensable et nécessaire à la bonne expression en compétition, mais en aucun cas comme un élément clé de la performance.

La préparation physique est incontournable, sans elle, on ne peut pas gagner. Mais la préparation physique n’est pas cruciale, ce n’est pas parce qu’on l’a faite qu’on est sûr de gagner.

On aborde ici la différence entre facteur de performance et facteur de non-performance. En fait, le manque de physique dans les sports de combat est un véritable facteur de non-performance. Mais d’un autre côté, avoir une condition physique excellente n’est que rarement l’élément clé d’une victoire à très haut niveau.

Gagner en arts martiaux ou en sport de combat, c’est essentiellement une histoire de mental. Les plus grands champions vous le diront, c’est dans la tête que ça se passe.

Et d’ailleurs, si vous discutez avec l’un d’eux, il y a de grandes chances qu’il vous raconte fièrement une anecdote savoureuse d’une compétition ou d’un combat gagné le lendemain d’une sortie en boîte de nuit ou d’une nuit agitée en charmante compagnie…

La preuve que même en étant fatigué, on peut compenser une déficience physique avec un mental fort. Chose qui relèverait de la science-fiction en cyclisme ou en marathon, mais là, c’est une autre histoire…

Matthieu Verneret



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Je suis coach sportif professionnel, auteur spécialisé dans le fitness, la forme et le bien-être depuis de nombreuses années. Par ailleurs, j'ai été compétiteur de haut niveau en karaté. Sur ce blog, je vous livre tous mes meilleurs conseils pour être au top de votre forme et développer tout votre potentiel.


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