La grande épopée du karaté français

La grande épopée du karaté français

Les premiers championnats du monde de karaté ont eu lieu à Tokyo, en 1970. La dernière édition s’est déroulée à Paris en novembre 2012, dans le mythique palais omnisport de Bercy. L’équipe de France a été sacrée championne du monde dans l’épreuve reine : le combat par équipe masculin. Depuis le début de la compétition mondiale en karaté, la France a remporté à sept reprises le titre suprême, ce qui fait d’elle la nation la plus titrée de l’Histoire. Retour sur ces sept médailles d’or historiques. 

1972 – Paris, France : Un sacre de légende

Deux ans après la première édition des championnats du monde de karaté organisée à Tokyo et remportée par le Japon, le stade Pierre de Coubertin accueille les deuxièmes mondiaux de l’Histoire. L’équipe de France, qui a remporté la médaille de bronze à Tokyo deux ans auparavant, est très redoutée. A sa tête, un certain Dominique Valera, aujourd’hui considéré comme la légende du karaté français : le « king ». Les années 1970, c’est le début du karaté français, une époque où le karaté était considéré comme un art mystique… Les combattants français sont considérés comme des guerriers, pas encore comme des sportifs…

Dans l’antre de Coubertin, le « Bercy » d’alors, l’équipe de France est déterminée comme jamais à faire chuter le géant japonais et à révolutionner le karaté mondial. Dominique Valera ainsi que de ses coéquipiers, Guy Sauvin, Gilbert Gruss, François Petitdemange, Alain Setrouk, Patrice Lenoir et Francis Didier, sont prêts à en découdre.

A la surprise générale, le Japon est battu par l’Angleterre en quarts de finale. L’apothéose survient en fin de journée, quand les Français battent les Italiens en finale dans un stade plein à craquer et dans une l’ambiance de feu. L’équipe de France est la deuxième nation de l’Histoire à s’imposer au niveau mondial. L’échec du Japon est une désillusion, les Nippons ne s’en remettront pas, ils ne deviendront plus jamais champions du monde.

1994 – Kota Kinabalu, Malaisie : Le début de l’âge d’or du karaté français

Depuis le sacre de 1972 à Paris, l’équipe de France n’avait plus remporté le titre suprême. Vingt-deux années de compétition mondiale largement dominées par l’Angleterre, qui remporta six titres de champion du monde dont cinq consécutifs de 1882 à 1990. Alors, lorsque ces 12ème championnats du monde s’ouvrent à l’autre bout de la planète, les Anglais sont encore les grandissimes favoris.

La France, elle, a donné naissance à une génération de combattants qui offriront au karaté français ses années les plus fastes. Christophe Pinna, Alain Le Hetet, Gilles Cherdieu, Mickaël Braun, Alain Varo, Romain Anselmo, accompagnés de leur ainé Marc Pyrée, vont renverser l’ordre établi et remporter ce deuxième sacre tant attendu, qui plus est en battant les Anglais en finale. Le vent du renouveau souffle.

Sous la houlette de Francis Didier, le karaté français est en pleine expansion, l’encadrement sportif constitué par Thierry Masci et Patrice Ruggiero a préparé d’une main de maître ce sacre historique, avec une approche tactique, physique et mentale avant-gardiste.

L’âge d’or du karaté français est né en Malaisie, l’équipe de France restera invaincue jusqu’en 2002…

1996 – Sun City, Afrique du Sud : Une finale d’anthologie…

Depuis la Malaisie, deux ans plus tôt, le karaté français est devenu la référence mondiale, mais elle partage encore cet honneur avec la terrible équipe d’Angleterre. Crânes rasés, déterminés comme jamais, les Français veulent s’imposer une nouvelle fois sur la scène mondiale.

L’équipe de combattants, constituée par Alain Le Hetet, Christophe Pinna, Gilles Cherdieu, Alain Varo, Romain Anselmo et le petit nouveau Alexandre Biamonti, est prête à en découdre. Les Anglais, poussés par leur emblématique capitaine Wayne Otto, sont au rendez-vous. La finale rêvée va avoir lieu dans une ambiance électrique.

Braun remporte le premier combat 6-0 avant de voir Anselmo terrassé par Otto 0-6. Lors de la troisième confrontation, Le Hetet concède le match nul (4-4) à la dernière seconde. Pinna perd son duel face à Cole 2-3. La France est menée d’un point, Gilles Cherdieu, l’ultime combattant doit alors gagner par deux points d’écart pour assurer la victoire. Il remporte son combat 3-2. Les deux équipes se retrouvent à égalité parfaite.

Un combat supplémentaire doit être disputé. La tension est à son comble. Qui va y aller ? Du côté anglais, à la surprise générale, c’est Cole qui s’avance pour disputer le combat décisif alors qu’on attendait à coup sûr Wayne Otto. Du côté français, c’est Alain Le Hetet qui se présente. Il s’agissait d’un gros coup de bluff.

Au moment où l’arbitre fait signe de pénétrer sur le tatami, Otto surgit de derrière Cole et s’avance sur l’air de combat. Le coach français Thierry Masci lance alors son désormais célèbre « you want to play, it’s ok, we gonna play » (« Vous voulez jouer, et bien on va jouer »). Et Gilles Cherdieu surgit aussi dans le dos de Le Hetet.

L’affrontement final peut débuter. Les deux combattants terminent le combat à 3-3. Egalité parfaite. Ultime épreuve, la mort subite. Cherdieu marque le point d’un coup parfait. Et là, c’est l’explosion, la France est championne du monde. On parle de ce combat comme du « combat du siècle », anthologique…

1998 – Rio de Janeiro, Brésil : Une passation en or

Invaincu depuis 1994, les Français connaissent un coup d’arrêt aux championnats d’Europe 98, quelques mois avant les mondiaux. Ils sont battus par leur rival de toujours : l’Angleterre. L’équipe de France débarque donc à Rio avec un goût amer et une envie de revanche.

Cette compétition marque la fin d’une génération en or, celle des Pinna, Cherdieu, Le Hetet, Braun, Anselmo, tous décidés à mettre un terme à leur carrière après ce mondial.La passation est en marche avec Alexandre Biamonti, Seydina Baldé et Yann Baillon qui vont, accompagnés de leurs illustres ainés, se montrer dignes de porter les couleurs de cette équipe.

Cette nouvelle formation composée des anciens champions du monde et des nouvelles recrues du réservoir inépuisable du karaté français, va faire preuve d’une assurance à toute épreuve. Ils vont se hisser sans trop d’embuches en finale et y retrouver la fameuse équipe d’Angleterre, pour une nouvelle confrontation au plus haut niveau.

C’est Mickaël Braun qui sera le héros de la finale dans l’ultime duel en combattant avec le nez cassé contre un adversaire bien plus lourd que lui. La France devient pour la troisième fois d’affilée championne du monde. Les anciens peuvent partir l’esprit tranquille, laissant derrière eux un héritage impressionnant.

2000 – Munich, Allemagne : L’hégémonie française

Après Rio et le départ en retraite des illustres Cherdieu, Pinna, Braun, Le Hetet et autre Anselmo, l’équipe de France à un tout nouveau visage. Une équipe complètement remaniée avec à sa tête le talentueux capitaine Alexandre Biamonti, épaulé par Yann Baillon et Seydina Baldé, tous deux déjà présents dans l’équipe championne du monde deux ans plus tôt.

Ils seront accompagnés par la nouvelle vague de combattants français : Olivier Beaudry, Rida Bel-Lahsen, David Félix (champion du monde individuel à Rio) et Robert Gomis.

Cette nouvelle équipe, qui arrive au stadium Olympique de Munich avec déjà deux titres de championne d’Europe en poche (1999 et 2000), va surprendre le monde entier en réalisant un parcours hors du commun. En effet, il vont survoler la compétition et s’imposer avec une facilité déconcertante.

En finale, les Français vont pulvériser l’Allemagne, le pays hôte qui combat pourtant devant son public. Beaudry, puis Biamonti dans un combat d’anthologie expédié en moins de trente secondes, suivie par l’impressionnant 6-1 infligé par Baldé au troisième combattant allemand, vont imposer de force leur suprématie mondiale.

L’affaire est pliée sans qu’aucun combat n’arrive à son terme. Les Allemands n’ont pas eu le temps de voir venir l’ouragan. La France est à nouveau championne du Monde, pour la quatrième fois depuis 1994, six ans de règne sans partage.

Cette compétition marque le point d’orgue de la domination française dans cette décennie. Lors de ces championnats du monde, la France remporte seize médailles sur dix-sept possibles, dont six en or. Jamais un pays n’avait connu un tel succès.

2004 – Monterrey, Mexique : La revanche

Depuis presque dix ans la France était invaincue. Cependant ce règne avait pris fin  aux championnats du monde de 2002 à Madrid, où l’équipe de France avait été battue par l’Espagne en demi finale, avant de remporter une médaille de bronze au goût amer. Cette défaite va rester un moment sombre dans l’histoire du karaté français compte tenu du scandale provoqué par l’équipe de France après sa défaite.

En effet, un arbitrage pas « très net », favorable aux Espagnols qui évoluent à domicile devant un public survolté va mettre un terme à l’invincibilité française et déclencher un élan de colère et de  rage dans l’équipe tricolore.

Cette défaite, les Français ne l’ont jamais digérée. Ils se présentent donc au Mexique deux ans plus tard avec une soif de revanche exacerbée. Cette nouvelle équipe est composée du capitaine Seydina Baldé, accompagné de Yann Baillon, Olivier Beaudry, Franck Chantalou, Guillaume Cossou, Ludovic Cacheu et Florian Malguy.

La finale tant espérée va avoir lieu. La France va pouvoir régler ses comptes avec l’Espagne en terrain neutre. Grâce à un Baldé impressionnant et un combat grandiose réalisé par Beaurdy, la France récupère son dû et redevient championne du monde.

La réparation est effectuée. Ces championnats du monde laissent derrière eux une nouvelle génération de combattants exceptionnels, une nouvelle page se tourne ; l’équipe de France ne remontera plus sur le podium avant huit ans…

2012 – Paris, France : Une apothéose à domicile

Voilà presque dix ans que l’équipe de France combat n’est plus montée sur le podium des championnats du monde, une période de creux pour le karaté français qui repart à zéro avec une nouvelle génération et surtout avec une concurrence mondiale décuplée. Pourtant, un événement historique se prépare : Paris accueille pour la deuxième fois de l’Histoire les championnats du monde, la dernière fois c’était en 1972 et la France avait triomphé.

Ce rendez-vous, il ne faut pas le manquer et l’équipe de France est pourtant loin d’être favorite, malgré une deuxième place obtenue au championnat d’Europe quelques mois plutôt. D’autant plus que la fédération a mis les moyens et s’apprête à organiser, au palais omnisports de Paris Bercy, les plus beaux championnats du monde de l’Histoire.

Quarante ans d’attente depuis le sacre de 1972, tout le public français attend l’équipe de France au tournant, le challenge est colossal. Et ce pari fou, il va être relevé par la nouvelle et jeune équipe de France composée par Nadir Benaïssa, Mathieu Cossou, Ibrahim Gary, Salim Bendiab, Kenji Grillon, Azdin Rghioui et Logan Da Costa.

Cette bande de copains, de la génération « sarcelles », va réaliser un véritable exploit. Ils vont se hisser jusqu’en finale et avoir le privilège de combattre dans un Bercy plein à craquer, sur la plateforme de combat surélevée placée au centre et sous les lumières de cette enceinte sportive mythique. L’adversaire est de taille : la Turquie, championne du monde 2008.

Les Français vont livrer un combat magnifique. Après les deux matchs nuls obtenus par Rghioui et Gary ainsi que la victoire du capitaine Benaïssa, Cossou va boucler l’affaire en réalisant un combat anthologique remporté 8-0. Dès le quatrième combat, la France est championne du monde, devant un public survolté, dans un Paris Bercy en ébullition.

Le challenge est relevé : la France est de nouveau championne du monde sur ses terres et devient, avec ce septième titre obtenu, la nation la plus titrée de l’Histoire.

Matthieu Verneret

Références : Karaté Bushido, Novembre 2002 ; Les stars du karaté français, Tristan ALRIC ; Officiel karaté magazine, Décembre 2004 ; Officiel karaté magazine, Novembre 2012



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Je suis coach sportif professionnel, auteur spécialisé dans le fitness, la forme et le bien-être depuis de nombreuses années. Par ailleurs, j'ai été compétiteur de haut niveau en karaté. Sur ce blog, je vous livre tous mes meilleurs conseils pour être au top de votre forme et développer tout votre potentiel.


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