L’enjeu social de la performance

Chaque jour, derrière notre journal ou devant notre poste de télévision, nous admirons et nous suivons les performances de nos champions favoris. Ils sont forts, musclés, riches et ils nous offrent du rêve à la demande. Pour en arriver là, ils ont dû parcourir un long chemin et surmonter de nombreux obstacles.

Mais à la base, quelles sont les motivations qui ont poussé ces personnes à devenir des champions ? Et tous les autres, qui avaient le même rêve mais qui ont échoué, que deviennent-t-ils ? Il serait intéressant de comprendre quels sont les éléments intrinsèques qui animent le besoin de victoire.

Au départ, on commence un sport pour le plaisir. A ce moment-là, il n’y a ni enjeu, ni contrainte, juste le plaisir du geste et de la sensation, le plaisir de l’expression de soi, le plaisir de retrouver les autres à l’entraînement et de partager un bonheur collectif. Mais après plusieurs années de pratique, certains sportifs vont être attirés par la compétition. Une envie soudaine de se mesurer aux autres, de tester ses limites et de mesurer ses progrès. Une envie de performance aussi.

Comment passe-t-on d’une pratique loisir à une pratique compétition ? C’est une histoire de motivation. Parfois, ces motivations sont bonnes et cette démarche nous apportera du positif. Parfois, on est très doué et on s’ouvre les portes d’une carrière aux multiples médailles d’or. Et parfois, les motivations ne sont pas saines, et le talent n’est pas aussi grand que celui du voisin, et on ne gagne pas. La défaite peut nous faire abandonner ou bien elle peut réveiller en nous une rage de vaincre qui nous rendra plus fort.

Il n’y a pas deux manières identiques de devenir un champion, les histoires se suivent et ne se ressemblent pas toujours. Mais il est préférable de comprendre les enjeux d’une telle entreprise avant de s’y jeter à corps perdu.

LES MOTIVATIONS PERSONNELLES (DE LA PERFORMANCE)

Comprendre la motivation d’un athlète permet de mieux l’orienter. Le dialogue doit être présent entre le professeur et l’élève et doit permettre d’identifier les motivations qui peuvent se traduire sous différents ordres : personnel, social, économique…

Certaines motivations sont plus ou moins saines, et il est parfois nécessaire d’orienter l’athlète vers d’autres horizons.

Les motivations d’ordre personnel :

– Besoin de se prouver quelque chose (que l’on est capable, courageux, revanche sur la vie…)

– Besoin de se dépasser (repousser ses limites)

– Besoin de sensations (ressentir des émotions fortes, besoin d’adrénaline…)

– Besoin de se faire plaisir (notion de jeu, le plaisir de pratiquer…)

Elles représentent les motivations les plus « saines ». En effet, un compétiteur a plus de chance de performer s’il le fait pour lui même. Les motivations d’ordre personnel ne créent pas de pressions relatives aux résultats car les satisfactions attendues peuvent être obtenues sans forcément collectionner les médailles d’or, elles sont plus basées sur les actions et les attitudes que sur le résultat.

Les motivations d’ordre social :

– Besoin de prouver aux autres

– Besoin de prouver à la société

– Besoin de reconnaissance

– Besoin de se sentir valorisé

Ces motivations sont beaucoup plus dangereuses dans la mesure où elles ne sont pas orientées vers le fait de combattre mais uniquement sur le résultat et l’image renvoyée aux autres. Elles sont notamment associées aux personnes ayant connu un échec dans leur vie (scolaire, social, familial…) et qui cherchent dans la compétition un moyen d’obtenir une réussite et une réparation.

Cependant, la violence intérieure produite par le sentiment d’échec et le besoin d’exister peut, dans certains cas, offrir aux athlètes une force, une rage de vaincre et une détermination considérables, notamment dans les sports de combat.

Les motivations d’ordre économique :

– Besoin d’argent

– Besoin d’une situation professionnelle

Les motivations d’ordre économique n’ont pas lieu d’exister dans les sports amateurs, où les athlètes ne peuvent pas vivre de leurs performances. Un sportif s’imaginant pouvoir gagner de l’argent avec un tel sport devra rapidement être informé de la réalité.

UN RISQUE DE LA COMPETITION : LA GESTION DE L’ECHEC

Un sportif qui va travailler durement, s’investir corps et âme dans sa préparation, faire des sacrifices et qui au final ne récolte rien en terme de performance, de victoire ou de reconnaissance risque d’être confronté à certains tourments. En effet, la dure réalité du sport de haut niveau est que les prétendants sont nombreux et les places sur le podium restreintes.

Qui dit réussite et champions dit forcément échec et déçus. Les champions sont honorés, décorés, encadrés, suivis… Mais que se passe-t-il pour celui qui échoue ? La réponse est aussi simple que cruelle : rien.

La morale, les idées reçues et la société nous disent que lorsqu’on travaille dur, lorsqu’on s’investit et qu’on persévère, on réussit forcément. C’est vrai dans beaucoup de domaines, mais pas dans le sport de haut niveau.

En effet, il ne suffit pas de s’entraîner beaucoup pour devenir un champion, le réussite n’est pas proportionnelle au temps investi, et cette réalité, il faut en avoir conscience.

La réussite est le fruit d’une concordance de facteurs et d’une gestion intelligente de la carrière, et non pas du nombre d’heures passées sur un terrain, ni du nombre de litres de sueur écoulés, même si ces deux valeurs quantitatives restent fondamentales.

De ce fait, de nombreux sportifs n’accèdent pas au haut niveau. Certains persévèrent pendant plusieurs années, d’autres abandonnent plus rapidement. Le risque pour ces personnes, qui ont peut-être autant travaillé en terme de quantité que les champions, est de tomber dans une spirale d’échec qui peut interférer dans leur vie personnelle et se traduire de différentes manières :

–       Perte d’estime de soi, dévalorisation de soi

–       Perte de confiance en soi

–       Fragilité psychologique, forte émotivité

–       Refus et rejet de toutes formes de compétition

–       Isolement, troubles du comportement social

–       Dépression

Si la quête du haut niveau aboutit à ce type d’effets, on peut qualifier la mission de l’entraîneur comme totalement échouée.

Conclusion

L’ENJEU PRINCIPAL DU SPORT DOIT RESTER EDUCATIF

La quête du haut niveau, comme de la performance, ne doit en aucun cas mettre en péril l’intégrité psychologique et sociale d’un sportif.

Malheureusement, beaucoup d’entraîneurs et même de parents oublient complètement leur rôle éducatif en poussant leurs élèves ou enfants jusqu’au bout de leurs possibilités sans se soucier des conséquences psychologiques et sociales que cela peut produire dans certains cas.

Il ne faut pas vivre par procuration à travers son élève ou son enfant une carrière ou une deuxième jeunesse. L’entraîneur se doit de prendre le recul nécessaire et de ce fait d’être psychologiquement apte à l’encadrement d’athlètes de haut niveau.

Au risque de paraître contradictoire par rapport à mon passé et à mon parcours, je porte un regard plutôt négatif sur le sport de haut niveau, qui à la manière d’une usine, sélectionne, exploite et détruit les éléments selon leur capacité de productivité.

J’ai l’intime conviction que le sport de haut niveau, au même titre que le sport au sens large, doit être le garant d’une protection préservant l’épanouissement social des sportifs.

Le sport est aussi synonyme de prise de risque et d’apprentissage de la défaite, cela fait partie intégrante de ses valeurs. Il ne s’agit pas de pousser les athlètes à reculer devant l’adversité et la peur de perdre, ni de ne pas accepter et surmonter les échecs, bien au contraire…

Cependant, c’est aux entraîneurs qu’il revient d’avoir pleinement conscience des risques éventuels, et de prendre leurs responsabilités en orientant les élèves selon leurs capacités et leur potentiel, et ce sans les mettre en péril. L’encadrement du haut niveau devient également, à partir de ce moment-là, une mission psychologique et sociale.

Le sport de haut niveau, et notamment les sports professionnels, souffrent d’une image plutôt négative renvoyée par des comportements choquants, asociaux, irrespectueux de certains athlètes ou même dirigeants (par exemple l’attitude de l’équipe de France de football lors de la coupe du Monde 2010). Ceci n’est que la conséquence logique d’une politique sportive uniquement orientée vers l’argent et le résultat au détriment de toute autre forme de promotion.

Dissocier les notions d’éducation, d’instruction, d’attitudes sociales, avec le sport de haut niveau est selon moi une grave erreur préjudiciable au développement et à l’image du sport dans le monde.

Matthieu Verneret

Références : La confiance en soi, LIONEL BELLANGER ; Pyramide des besoins de Maslow, FREDERIC P.MILLER.



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Je suis coach sportif professionnel, auteur spécialisé dans le fitness, la forme et le bien-être depuis de nombreuses années. Par ailleurs, j'ai été compétiteur de haut niveau en karaté. Sur ce blog, je vous livre tous mes meilleurs conseils pour être au top de votre forme et développer tout votre potentiel.


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